Place de la conscience et du choix
L’astrologie humaniste ne considère pas la conscience comme un élément secondaire de l’interprétation. Elle constitue au contraire l’un des facteurs essentiels permettant de comprendre pourquoi une même configuration astrologique peut être vécue de manières très différentes au cours d’une existence.
Le thème natal représente une structure de potentialités, de tensions et de tendances. Il n’indique pas seulement ce qui peut être vécu ; il pose également la question de la manière dont ces données sont reconnues, comprises et progressivement intégrées.
La conscience ne supprime pas la structure du thème. Elle modifie la relation entretenue avec elle.
De la réaction automatique à la réponse consciente
Une fonction astrologique peut d’abord être vécue de manière largement automatique.
• Lorsqu’une dynamique reste peu consciente, elle peut apparaître sous forme de :réactions répétitives ;comportements défensifs ;habitudes émotionnelles ;projections sur autrui ;choix effectués sans en comprendre les motivations ;répétitions relationnelles ;sentiment de subir toujours les mêmes situations.
Dans ce cas, la configuration astrologique semble parfois agir comme une fatalité.
Ce caractère apparemment déterminant provient cependant moins de la configuration elle-même que de la répétition d’une réponse devenue automatique.
• La prise de conscience introduit progressivement une distance entre :ce qui est ressenti ;ce qui est spontanément pensé ;l’impulsion qui apparaît ;et la réponse effectivement choisie.
Cette distance constitue l’un des premiers espaces de liberté.
La conscience ne fait pas disparaître la configuration
Devenir conscient d’une dynamique astrologique ne signifie pas qu’elle cesse d’exister.
Une opposition reste une opposition.
Un carré reste un carré.
Une forte fonction saturnienne conserve ses exigences.
Une forte fonction uranienne continue de porter une problématique de différenciation.
Une tension entre besoin de sécurité et désir d’indépendance ne disparaît pas nécessairement.
• Ce qui peut changer, c’est la manière dont cette tension est :reconnue ;nommée ;acceptée ;contenue ;exprimée ;mise en relation avec d’autres besoins ;transformée en choix plus conscient.
La conscience ne supprime donc pas la structure. Elle permet de la vivre autrement.
Premier niveau : subir la dynamique
Au niveau le moins conscient, une configuration peut être vécue principalement comme quelque chose qui arrive.
• La dynamique est alors souvent attribuée :aux circonstances ;aux autres ;à la malchance ;aux relations ;au travail ;à l’autorité ;à des événements extérieurs.
Une opposition relationnelle peut, par exemple, être vécue uniquement comme :
« les autres sont toujours trop exigeants »
ou
« les autres empêchent toujours d’être libre ».
La fonction opposée reste projetée à l’extérieur.
Le conflit existe, mais il n’est pas encore reconnu comme une tension intérieure.
Deuxième niveau : reconnaître la répétition
Un deuxième niveau apparaît lorsqu’une régularité devient perceptible.
• Certaines questions commencent alors à émerger :Pourquoi les mêmes types de situations reviennent-ils ?Pourquoi les mêmes réactions apparaissent-elles ?Pourquoi certaines personnes déclenchent-elles toujours la même émotion ?Pourquoi un domaine produit-il régulièrement la même difficulté ?
La répétition cesse progressivement d’être considérée comme entièrement extérieure.
Une première reconnaissance devient possible :
quelque chose dans la manière de vivre la situation participe également à ce qui se répète.
Cette étape représente un changement important.
Troisième niveau : reconnaître les différentes fonctions en présence
La conscience s’approfondit lorsqu’il devient possible d’identifier les fonctions qui s’opposent ou cherchent simultanément à s’exprimer.
• Une configuration peut révéler par exemple :besoin de sécurité et besoin d’autonomie ;besoin de relation et besoin de distance ;désir d’agir et peur des conséquences ;désir de reconnaissance et crainte du jugement ;besoin de stabilité et aspiration au changement.
• Tant qu’une seule fonction est reconnue, l’autre risque d’être :rejetée ;projetée ;compensée ;vécue comme une contrainte extérieure.
L’intégration commence lorsque les deux pôles peuvent être reconnus comme appartenant à la même personne.
Quatrième niveau : différencier impulsion et réponse
• Une étape supplémentaire consiste à distinguer :l’impulsion ;l’émotion ;la pensée automatique ;le comportement finalement choisi.
Cette distinction est capitale.
Une émotion peut apparaître sans devoir être immédiatement transformée en action.
Une colère peut être ressentie sans devenir agression.
Une peur peut être reconnue sans conduire automatiquement à l’évitement.
Un besoin de liberté peut être entendu sans entraîner nécessairement une rupture.
Un besoin de sécurité peut être pris en compte sans conduire au contrôle.
La conscience crée ainsi un espace intermédiaire entre ce qui surgit et ce qui est fait de ce qui surgit.
Cinquième niveau : élargir la gamme des réponses
La liberté ne consiste pas nécessairement à supprimer une tendance.
Elle peut consister à augmenter le nombre de réponses possibles.
• Une réaction automatique fonctionne souvent selon une logique unique :peur → évitement ;frustration → colère ;insécurité → contrôle ;conflit → retrait ;besoin d’amour → suradaptation.
• La prise de conscience peut progressivement ouvrir d’autres voies :peur → préparation ;frustration → affirmation ;insécurité → recherche de sécurité réaliste ;conflit → négociation ;besoin d’amour → expression claire du besoin.
Plus le nombre de réponses disponibles augmente, moins la configuration est vécue de manière mécanique.
Sixième niveau : choisir une forme d’actualisation
Une même potentialité peut être actualisée de plusieurs manières.
• Une forte fonction martienne peut devenir :confrontation ;compétition ;affirmation ;courage ;initiative ;capacité à protéger ;engagement dans l’action.• Une forte fonction saturnienne peut devenir :inhibition ;rigidité ;discipline ;endurance ;responsabilité ;capacité à structurer.
La conscience permet progressivement d’orienter la manière dont une fonction est investie.
Il ne s’agit pas de choisir arbitrairement n’importe quelle expression.
Le choix s’exerce à l’intérieur du champ de possibilités de la configuration.
La liberté n’est pas l’absence de contraintes
La notion de choix doit elle-même être nuancée.
• L’existence comporte des éléments qui ne sont pas librement choisis :le contexte de naissance ;certaines conditions familiales ;les limitations corporelles ;les événements historiques ;certaines rencontres ;certaines pertes ;les décisions d’autres personnes ;de nombreuses circonstances extérieures.
La conscience ne permet pas de contrôler l’ensemble de ces facteurs.
La liberté concerne davantage la manière dont une réponse peut progressivement être élaborée face à eux.
• Ainsi, la liberté ne signifie pas :« tout peut être évité »mais plutôt :« plusieurs manières de répondre peuvent devenir possibles ».
Choix et niveau de conscience
Tous les choix ne sont pas également conscients.
• Il est possible de distinguer plusieurs niveaux :choix automatique : répétition d’un comportement habituel sans véritable délibération ;choix défensif : décision surtout destinée à éviter une peur ou une vulnérabilité ;choix compensatoire : recherche de l’opposé d’un sentiment difficile ;choix réfléchi : prise en compte de plusieurs besoins et conséquences ;choix intégré : décision permettant à plusieurs dimensions de la personnalité de trouver une place.
Cette distinction évite d’opposer brutalement déterminisme et liberté.
Entre les deux existe toute une progression.
La conscience des projections
La projection constitue l’un des domaines où la conscience transforme particulièrement le rapport au thème.
Une fonction difficilement reconnue intérieurement peut être rencontrée chez autrui.
• Ainsi :une agressivité non reconnue peut être rencontrée chez des personnes constamment perçues comme agressives ;un besoin de liberté non assumé peut être projeté sur des partenaires instables ;une ambition refoulée peut être reprochée aux personnes considérées comme trop ambitieuses ;un besoin de dépendance peut être dénoncé exclusivement chez l’autre.
La prise de conscience ne signifie pas que l’autre ne possède réellement aucune de ces caractéristiques.
Elle permet simplement d’introduire une question supplémentaire :
quelle part de cette dynamique appartient également au fonctionnement intérieur ?
La récupération progressive de la projection augmente la liberté parce qu’elle restitue une fonction auparavant vécue uniquement à travers autrui.
La conscience des mécanismes de défense
Les mécanismes de protection peuvent également limiter le choix lorsqu’ils fonctionnent automatiquement.
Une défense peut avoir été nécessaire à une période de l’existence.
Elle peut ensuite devenir coûteuse lorsqu’elle continue de s’activer dans des situations où elle n’est plus indispensable.
• La conscience permet alors de distinguer :la fonction protectrice initiale ;la situation actuelle ;le déclencheur ;la réaction automatique ;les autres réponses possibles.
Le travail ne consiste donc pas à supprimer brutalement une défense, mais à comprendre sa fonction afin de réduire progressivement son automatisme.
Choisir ne signifie pas choisir contre soi-même
Une interprétation simpliste pourrait laisser croire qu’une personne consciente devrait toujours choisir l’expression considérée comme la plus « positive » d’une configuration.
Une telle vision serait elle-même normative.
• La maturité ne consiste pas nécessairement à éliminer :la prudence ;la colère ;la solitude ;la dépendance ponctuelle ;le besoin de retrait ;la recherche de sécurité.
Ces fonctions peuvent avoir leur utilité.
• Le choix conscient consiste plutôt à déterminer :quelle réponse correspond réellement à la situation ;quelle fonction demande à être entendue ;quelle limite doit être respectée ;quel besoin peut être reconnu ;quelle conséquence peut être assumée.
La conscience comme capacité d’intégration
Plusieurs fonctions astrologiques peuvent tirer simultanément dans des directions différentes.
La conscience permet progressivement de sortir d’une logique du :
« l’un ou l’autre »
pour rechercher :
« comment l’un et l’autre peuvent-ils trouver leur juste place ? »
Entre autonomie et relation, il peut exister une relation qui respecte l’autonomie.
Entre sensibilité et protection, il peut exister une protection qui n’étouffe pas la sensibilité.
Entre ambition et sécurité, il peut exister une progression suffisamment structurée.
Entre liberté et responsabilité, il peut exister une autonomie capable d’assumer ses conséquences.
L’intégration ne supprime pas les polarités ; elle leur permet de coopérer davantage.
Les crises comme moments de choix
Certaines périodes rendent les habitudes anciennes moins efficaces.
Une crise peut faire apparaître qu’un mode de fonctionnement jusqu’alors acceptable ne répond plus aux besoins présents.
• Plusieurs possibilités deviennent alors visibles :répéter l’ancien modèle ;renforcer une défense ;changer d’environnement ;modifier la manière d’agir ;reconnaître une fonction jusque-là négligée ;réorganiser les priorités.
La crise n’est donc pas automatiquement synonyme de transformation.
Elle crée plutôt une situation dans laquelle une transformation devient possible.
Les cycles et l’augmentation de la conscience
Les cycles astrologiques peuvent être compris comme des périodes où certaines fonctions deviennent particulièrement actives.
• Ils peuvent correspondre à des moments de :confrontation ;remise en question ;réorientation ;maturation ;décision ;intégration.
Le cycle ne décide pas de la réponse.
Il rend certaines questions plus présentes.
• La manière dont elles seront traversées dépend notamment :de l’histoire antérieure ;du niveau actuel d’intégration ;des circonstances ;des ressources disponibles ;des décisions prises.
La liberté comme élargissement de la réponse
La liberté astrologique peut être définie de manière simple :
plus une dynamique devient consciente, plus la gamme des réponses possibles peut s’élargir.
Cette liberté reste relative.
• Elle ne supprime ni :le passé ;les contraintes ;les caractéristiques du thème ;les circonstances ;les conséquences des décisions.
Elle permet cependant parfois de réduire le caractère automatique de la réponse.
• Le passage essentiel peut alors être représenté ainsi :inconscience : la dynamique agit principalement sous forme de répétition ;reconnaissance : la répétition devient observable ;compréhension : les fonctions en jeu deviennent identifiables ;différenciation : impulsion et réponse cessent d’être confondues ;choix : plusieurs réponses deviennent envisageables ;intégration : une réponse plus adaptée à l’ensemble de la personnalité peut être construite.
Du destin subi à la responsabilité
La place de la conscience transforme finalement la question astrologique elle-même.
La question cesse progressivement d’être :
« Que va imposer cette configuration ? »
• Elle devient :Quelle fonction cherche à s’exprimer ?Quelle réaction se répète ?Quelle part reste projetée ?Quelle peur organise le comportement ?Quelle ressource n’est pas encore utilisée ?Quelle autre réponse peut être construite ?Quelle responsabilité peut être assumée ?Quelle forme d’actualisation devient possible ?
Le thème natal ne disparaît pas dans ce processus.
Il devient au contraire plus intelligible.
La conscience permet de passer d’une configuration vécue comme une contrainte extérieure à une dynamique progressivement reconnue comme faisant partie de l’expérience intérieure.
La liberté ne réside donc pas dans l’absence de structure, mais dans la possibilité croissante de prendre position face à cette structure, d’en comprendre les tensions et de choisir plus consciemment la manière de les actualiser.